DISTRIBUIȚI

CASTIGAT RIDENDO MORES

Pompiliu COMSA, qui en est à son 14e livre, pendule entre la presse de taille européenne, laquelle l’a du reste, récompensé à la mesure de ses mérites à plusieurs reprises, et la prose inspirée par les réalités roumaines, lesquelles ne sont pas encore arrivées à maturité, donc on pourrait en inférer qu’elles sont encore toutes crues/cruelles (en roumain, « crud » donne cru : d’un esprit cru, et cruelles donne : portées sur la violence…).
A l’instar de Blanche Neige, il interroge son miroir : qui est le plus réaliste du pays et de Galati et, à sa (non) surprise, le miroir lui répond : La Réalité de Galati . Cela peut être ou ne pas être (ce qui tourne déjà au hamlettianisme, mais gardons-nous de tomber dans le métaphysique…) la même que la roumaine… Mal assis, bien on réfléchit (ou l’inverse, qui le sait – peut-on savoir ?) et je ne m’en rends pas compte, ce qui ne dénote pas nécessairement parcimonie ou avarice « telectuelle »…
Pompiliu Comsa est un personnage notoire, une institution de presse en soi, un auteur prolifique sur nombre de plans : fin observateur des réalités galatiennes et roumaines, un bon analyste politique de la politique de chez nous et d’ailleurs, pratiquant un comique de langage doué du sens de l’humour, un type charmant et un brillant causeur, capable de tirer de l’engourdissement des convives par trop fatigués, pour de nombreuses et diverses… raisons.
Cette Shawarma avec tout, délicieuse, voire on pourrait parler d’une fresque de la société roumaine, est un album de nos propres réalités, dont la qualité première est d’être hétéroclite, au menu se trouvant articles d’attitude, comme : « On plonge jusqu’au cou dans la boue, vous, les immaculés ! », « On se lamente et se débine trop à l’image des putes », « Pourquoi est-on des mendiants dans notre propre pays ? », « Je vous emmerde tous sur l’heure, pays d’idiots et de voleurs ! », « Réveille-toi, la nation ! », lesquels, comme le dit le dernier titre, exhorte la nation à se réveiller.
On trouve ensuite des articles qui constatent seulement ou passent en revue, en posant néanmoins des questions qui font plus de mal que d’éventuelles réponses : « Manifeste pour deux doigts de justice. Laissez-moi parler ! La loi est la même et l’une pour tous ! », « On a mouru Chelu ? On nous a planté un drapeau », « Après avoir mendié leurs votes pour accéder au pouvoir, le Gouvernement et la Présidence, par le système répressif de la Justice, prend son parti des Roumains de la Diaspora », « La Leçon – Nicolae Breban et les imposteurs locaux ».
Apparemment, ces derniers articles sont simplement constatifs, juste apparemment non participatifs, car, en tant que membre marquant de la Ligue Culturelle des Roumains de Partout, Département Moldova, dirigé par l’infatigable Académicien Constantin Gh. MARINESCU, le Maître dont il se revendique et que l’Auteur considère comme son Père spirituel, Pompiliu COMSA est un guerroyeur, un combattant des maux et des défauts de la société roumaine, à cela près qu’il est plus acharné et plus passionné dans ses actions média, que bon nombre de ses confrères, ce qui, je le répète, fait de lui non seulement un chef d’école (oui, près de lui ont fait et font leur apprentissage pas mal de jeunes gens qui ensuite se rangent à leur propre compte), mais il a fait cela dans sa revue, comme dans celle de l’Université Apollonia de Iasi, où il a institué une page dédiée à l’apprentissage de ceux qui veulent travailler dans la presse, ou de ceux qui, déjà journalistes, veulent se perfectionner sous la coordination du MAÎTRE Pompiliu COMSA !
La principale caractéristique de sa presse est la touche grosse, l’humour noir foudroyé par le génie, le comique fruste qui émane d’un langage extrêmement spontané et pas du tout cherché, ce qui fait de lui le journaliste qui, selon le dicton : « Qui est tout d’une pièce, dit tout ce qu’il pense », ne dit pas nécessairement tout ce qui lui passe par la tête, mais il n’use pas de demi-mesures non plus, et ses vérités ne sont point fardées pour l’amour des convenances, comme font certains journalistes qui ne veulent irriter personne et, surtout, ne pas déranger le Pouvoir.
Cette presse, dont nous lisons ici des fragments ou de articles entiers, est une presse vouée à déranger le Pouvoir, l’Auteur étant conscient non seulement de ce que la Presse est (serait-ce vrai ?) le 4e pouvoir dans l’Etat, mais aussi de ce qu’elle doit le devenir pour pouvoir le rester ; certes, il s’agit du pouvoir d’influer sur l’opinion publique, de former le public afin de pouvoir comprendre ce qui se prépare dans le laboratoire du Pouvoir, où il peut survenir, exprès ou par mégarde, excès ou abus de toutes sortes.
On peut lire ici des articles connectés à la réalité immédiate, comme : « Les liaisons des patrons du Club Collectif avec la ville de Constanta », ce qui prouve que le journaliste Pompiliu Comsa ne se réfère pas à une réalité virtuelle, ni à la bourse des bruits qui courent, ni à la radio Erevan, pour ainsi dire, mais fouille dans leur profondeur des sujets qui font mal et qui intéressent – par les conclusions qu’un bon journaliste peut tirer, en prévenant, implicitement, que de tels événements malheureux ne se reproduisent à l’avenir.
Je n’ai pas en vue une méta-littérature qui entre en lice avec les juteux textes comsiens, ni de brosser un portrait trop élogieux de l’Auteur de ce Livre (malgré ses mérites certains…), mais je veux signaler aux lecteurs qu’ils ont sous les yeux un travail fort de mérites évidents (je ne saurais pourtant accepter volontiers certaines affirmation, négations ou invectives à l’adresse d’Untel – mais De gustibus non disputandum, n’est-ce pas ?) qui mérite d’être lu, ne fût-ce que parce qu’il exhorte à la réflexion, à cette cogitation qui a engendré Cogito ergo sum, car le sommeil de la raison (mais aussi et surtout de la nation…) enfante des monstres !
Tel est l’immense mérite de ce Livre, de son Auteur – de nous administrer une douche froide, si nécessaire dans l’état actuel d’alanguissement et d’ennui ou paraît s’être installée, par résignation, l’âme des Roumains, trop fatigués de lutter, d’exiger leurs droits, de réussir la naissance d’une nation maîtresse de son sort et de ses richesses, que tous foncent pour nous les confisquer, notre lot étant d’avoir le plus faible niveau de vie l’Union Européenne (en 2e position finale, si je ne me trompe).
Je souhaite « Bon voyage ! » à ce livre à travers les méandres de l’âme roumaine, et lecture agréable aux Roumains qui disposent encore d’une dose suffisante de sens de l’humour, si nécessaire à cette triste époque que nous traversons, et qui a l’air de ne plus finir. Puisse l’intentionnalité première de l’Auteur faire mouche dans le mille – tant la cible que le but ! Puisse ce livre apporter sa contribution à la réussite des démarches de la Ligue de Coopération Culturelle des Roumains de Partout, qui a tellement besoin du soutien d’une presse de qualité, afin de faire vibrer la fibre nationale, mais aussi et surtout pour faire agir l’être national !

Constantin FROSIN
Professeur des Unive